El talp
web alternatiu

http://www.racocatala.cat/eltalp

 

Quelques observations sur l'état actuel de la langue catalane en Roussillon (1935)

[Part 2]

Alfons Mias

(...)

Passons succinctement en revue les principaux ennemis de notre catalan :

Les impérialistes. - Ceux-ci veulent une seule langue, une seule culture, une seule administration, un seul pouvoir exécutif, une seule patrie, un seul chef, une seule civilisation. Ils sont aussi dangereux que les internationalistes. Actuellement, ils sont les plus forts, mais aussi les plus orgueilleux. En conséquence, leur temple s'écroulera un jour. En attendant, ils détruisent le régionalisme et tout ce qui s'y rapporte : langue, coutumes, moeurs, etc., au profit d'une grande illusion appelée : Unité nationale à la tête d'une civilisation.

Le commerce. - Le commerce, depuis la guerre, n'est plus un métier comme un autre. C'est un "truc" pour gagner de l'argent et, s'il vous plaît, par tous les moyens.

Qu'importe la langue ! Il faut parler la langue de ceux qui achètent beaucoup. Publicité, réclames, annonces, tout cela se fait dans la langue et dans l'esprit du dominateur avec, toujours, Paris comme modèle. Que l'on nous dise le contraire. Si nous parlons catalan, nous ferons fuir la moitié des clients, nous disait dernièrement un commerçant du Vallespir qui cumulait la gérance de deux boutiques.

Allez à Barcelone, vous y verrez encore les deux tiers des annonces écrits en castillan. Question d'intérêt qui prime tout. Ce qui nous fait dire : la langue française n'empêche pas certains commerçants de tirer la langue (sans jeu de mots) et le commerce, avec toutes les facilités de publicité et de transport d'aujourd'hui, ne sera jamais aussi florissant qu'il l'était au XVe siècle, à l'époque où le catalan était la langue officielle. Alors ?

Le snobisme. - Le snobisme est un mot dont le sens devient chaque jour plus vague. En son nom, cependant, dans beaucoup de villages des Pyrénées-Orientales, on parle français parce que ça fait "chic", "distingué", élégant", "riche".

Les bourgeois parlent français, pourquoi ne le parlerions-nous pas, nous, les autres classes de la société ?

- "Ma voisine parle français à ses enfants ; moi aussi !"

Un de nos camarades opinait dernièrement qu'il vaut mieux parler mal le français que de ne pas le parler du tout. A cet aphorisme nous répondons qu'il sied autant a un paysan roussillonnais de parler français qu'à sa femme de porter un chapeau.

Le fonctionnarisme. - Notre Catalogne française ayant perdu sa personnalité et la jeunesse fuyant la terre, offre au recrutement des fonctionnaires civils et militaires un pourcentage assez élevé. Voici donc une bonne partie de nos jeunes gens parlant obligatoirement le français, à cause de leur nouvelle situation ou de leur nouvelle résidence.

En outre, le jeune employé ou fonctionnaire se marie en pays d'oïl et, du coup, toute ta famille perd de vue la langue du village natal. Parler catalan, c'est un manque d'élégance quand on porte un bel uniforme ou un titre pompeux. Evidemment !

Le tourisme et les villes d'eaux. - La clientèle touristique et thermale des nombreuses stations roussillonnaises vient de l'intérieur ou de l'étranger. Il est nécessaire, par conséquent, d'avoir une publicité en français, une organisation française et un service parlant un français impeccable.

Pour se rendre compte de cela, il suffit de se rendre dans n'importe quel hôtel d'Amélie-les-Bains, de Vernet-les-Bains ou de Font-Romeu, vous y trouverez un personnel aussi bien stylé que dans les grandes villes.

Passe pour le service, passe pour l'organisation intérieure des palaces, mais pour l'ensemble de la station ?

C'est une formidable erreur que de standardiser et moderniser l'ambiance d'une ville d'eaux. Le touriste où trouve-t-il l'enchantement ? Où trouve-t-il le charme des coutumes locales ?

A-t-on oublié que te touriste, quelle que soit sa nationalité, est friand d'originalité et de régionalisme? A-t-on oublié que l'uniformité est une monotonie qui diminue sensiblement le goût des voyages ? La nature, elle, s'est-elle modernisée ? Et l'homme, donc, pourquoi l'a-t-il fait? Pourquoi le campagnard imite-t-il le citadin? Pour sa propre perte Ne s'en est-il pas encore aperçu ?

A notre point de vue, les villes d'eaux avant perdu leur cachet local, le vrai touriste ne vient plus. Maintenant que tout est francisé chez nous, il ne veut plus venir. La disparition du régionalisme est une des principales causes de la crise hôtelière actuelle. Et le régionalisme disparaît quand disparaît la langue.

La presse quotidienne. - Les journaux étant si répandus, surtout "L'indépendant des Pvrénèes-Orientales" qui peut être fier de pénétrer dans tous les milieux du département, donnent chaque jour le coup de javeline mortel à la langue vernaculaire, par l'apport incessant de mots nouveaux : mots techniques, scientifiques, mots sportifs, mots étrangers, etc., qui se gravent dans les cerveaux à la place d'un mot catalan, devenu inutile.

Celui-ci chassé par l'autre, d'un usage courant, tombe dans l'oubli.

A la presse quotidienne, il faut ajouter les innombrables revues, publications, romans, feuilletons, etc., qui, tous, dans le domaine de la langue, versent leur goutte de poison violent, hélas ! sans antidote.

L'Ecole. - Il faut classer l'enseignement en français, tel qu'il est conçu, parmi les implacables ennemis de notre langue ancestrale. A l'école, on parle indubitablement le français et on cherche à en chasser autant que possible le catalan. M. Jean Amade, le distingué professeur de l'Université de Montpellier, ne citait-il pas, dans un de ses récents articles, le cas d'un instituteur du Bas- Roussillon qui suspendit au-dessus de la porte d'entrée de la salle de classe l'écriteau laconique suivant, d'une brutalité révoltante : "Défense de parler catalan". Il n'y a pas très longtemps, on nous a signalé qu'un autre instituteur, celui-là du Haut-Vallespir, inflige très souvent le verbe : "Parler catalan" aux élèves qu'il surprend en train de parler, en récréation, la langue apprise sur les genoux de leur mère.

Pourquoi ne pas mettre en parallèle, logiquement, l'enseignement du catalan ?

Pourquoi les instituteurs roussillonnais n'ont-ils jamais compris l'utilité de cet enseignement ?

Pourquoi ne suivent-ils pas l'exemple des maîtres d'écoles provençaux qui organisen des concours scolaires en langue d'oc ?

Pourquoi ont-ils été les premiers a proscrire leur propre langue ?

Les instituteurs roussillonnais ont leur part de responsabilité dans cette déchéance de la langue écrite et parlée et nous ne connaissons pas à leur décharge de cironstance atténuante.

Les spectacles. - Les spectacles en français, cinéma et théâtre particulièrement, sont devenus ces derniers temps si dangereux pour notre langue maternelle que nous regretterions de ne pas leur consacrer quelques lignes.

Avant la guerre, aller au théâtre était un événement. Aujourd'hui, c'est une habitude devenue une seconde nature. Nous ne nous préoccupons pas ici de la moralité des divers spectacles, le seul point de vue linguistique nous suffit. Les enfants sont devenus les meilleurs clients de l'écran ou de la scène. Là, ils oublient leur langue maternelle, surtout depuis le cinéma sonore et parlant, toujours en faveur du français.

La politique. - La politique a pris une place prépondérante dans la vie du Roussillon. Il faut voter pour les conseillers municipaux, d'arrondissement, généraux, pour les députés, les sénateurs, chambres de commerce, etc... La propagande se fait en français, les discours et les conférences également. Il n'y a pas un seul candidat sur cent mille électeurs ou votants, qui ait le courage defaire la campagne électorale en catalan. S'il le faisait, il ne serait pas élu. Peut-être même dirait-on de lui : "C'est un fou". La première fois, oui; mais la deuxième on trouverait ce geste courageux et les sympathies afflueraient.

Quel sera le premier Roussillounais qui se décidera à faire un discours officiel en catalan ?

Les régionalistes. - Ce que nous allons écrire va paraître paradoxal, toutefois il est indispensable de citer certains régionalistes parmi les ennemis inconscients du catalan. Pourquoi ? Parce due si leur oeuvre intellectuelle est méritoire, leur oeuvre pratique est nettement insuffisante.

En effet, parler catalan, au cours d'une félibrée ou le jour de la fête des Jeux Floraux, ne répond pas aux nécessités de la cause entreprise.

Un régionaliste, s'il l'est vraiment, doit l'être à l'extrême.

En Roussillon, un régionaliste doit être catalaniste et un catalaniste doit parler et écrire le catalan sans répit, à tout le monde, avec tout le monde.

Que vaut son effort, s'il parle catalan avec ses amis et français avec ses enfants ? Son effort ainsi conçu et réalisé n'est plus favorable à la langue maternelle, sinon nuisible. Car de là naît le mauvais exemple et y a-t-il quelque chose de pire que le mauvais exemple ?

Ne reproche-t-on pas à certains prêtres mal connus et sévèrement jugés de prêcher ce qu'ils ne croient pas ?

Quel effet déplorable et désastreux que d'entendre un catalaniste parler français ! Cette phrase arrivée plusieurs fois à nos oreilles est catastrophique : "Ils veulent que l'on parle catalan et eux sont les premiers à ne pas le parler!"

Tout bon Catalan doit être un catalaniste et tout catalaniste doit-être un apôtre. Un véritable apôtre se contente-t-il de prêcher ? Ne donne-t-il pas l'exemple ? Nos régionalistes roussillonnais se rendent-ils compte que ce qui ils gagnent en écrivant une poésie en catalan, ils le perdent et comment, en parlant français autour d'eux ?

Nous ne voulons être désagréable à personne. On dit que la vérité offense, nous ne voulons offenser personne. Nous présentons dans ce modeste rapport les faits tels qu'ils sont, tels qu'ils se présentent. Rien de plus.

* * *

Nous avons parlé de choses nullement réjouissantes. Contemplons maintenant un tableau où l'illusion domine. Pensons ensemble, nous qui écrivons et vous qui lisez, que le catalan ne peut pas mourir chez nous, comme a pu mourir le langage ligure de nos prédécesseurs.

La venue d'un docteur rassure toujours le malade. Appelons le médecin. Il faut sauver le catalan par tous les moyens. En voici quelques-uns.

Le grand spécialiste des maladies linguistiques, c'est la volonté d'un chacun. Le fléchissement de la volonté est a la base de la corruption d'une langue, tandis que le redressement de cette même volonté conduit à sa renaissance glorieuse, de laquelle nous ont donné un éclatant exemple les Polonais et les Catalans d'outre-Pyrénées.

Il nous semble que le remède primordial serait de mettre le catalan à la mode, tel qu'il est, tel qu'on le parle aujourd'hui en Roussillon, en Cerdagne et dans le Haut-Vallespir, en s'efforçant toutefois d'éliminer les mots grossiers et indécents. Ils sont, hélas! nombreux.

Voici les plus usités et que nous hésitons à écrire : le verbe "foutre" ou "foume". Il est si facile de dire le te donaré un cop de puny au lieu de te fouteré un cop de puny ! Je te donnerai un coup de poing.

Cony et ses dérivés pour tonto, idiot, imbécile.

Mourrou (morro) pour llavis, morro c'est le museau; llavis, ce sont les lèvres; bram, bramar pour crit, cridar, crier, hurler, le bram, c'est le cri des animaux et non des hommes. Parir pour infantar : accoucher; Fa de bits, bits que si, bits que no, expressions qui correspondent à Verge mare ! Caram ! renoi ! nom de nom !

Couillounada, pour bagatel·la : bagatelle, plaisanterie. Fabe de gat pour valga'm Déu ! nom d'un chien !

Me refoutes, m'en foiti, pour m'amoïnes, me molestes : Tu m'ennuies, je m'en moque.

Coultroussat, coultroussade, pour confús.

Soum fart, pour sóc satisfet, je suis rassassié.

Un foutral d'home, pour homenàs, un costaud, un colosse, etc.... Il faut absolument supprimer ces mots et expressions du langage courant au même titre que les blasphèmes (renecs).

Ah ! Si on pouvait entendre souvent des dialogues semblables à celui-ci :

- Bonjour, Monsieur !

- Bon dia, Senyoreta !

- Comment vous me parlez catalan maintenant?

- Si Senyoreta, és de moda !

- Cal parlar català ?

- Si, tots havem de parlar calalà. De no fer-ho és una ofensa gran que fem als nostres avis. Parlem català tenim de donar l'exemple als qui encara no ho han comprès.

- Parleu bé, aixó és molt bonic, doncs parlem català d'aci en davant si ho voleu, ho farem sempre !

Les lettrés d'abord, puis l'élément bourgeois, doivent ouvrir la marche et adopter la langue du peuple aujourd'hui "polie, ciselée et apte à toutes les disciplines de l'esprit." (El Matí, 9 avril 1935, Barcelona).

L'élément populaire suivra le mouvement et purifiera progressivement et sans s'en rendre compte, son parler.

Ecrire le catalan, chaque fois que l'occasion se presente. Commencer par des expressions et des petites phrases telles que : Adéu-siau ! Per mols anys ! Records a tots ! Record de Paris ! Fins l'any vinent ! Us enviem mil petons des de Barcelona ! Una abraçada afectuosa ! Us estima molt el vostre fill ! Encomaneu-me els meus companys ! Quan vingueu a casa, porteu un litre de vi blanc del recó ! etc...

Si vous écrivez un mot en catalan, vous voudrez écrire une phrase; quand vous aurez écrit la phrase, d'est toute la lettre que vous voudrez écrire en cette langue.

Vous vous trouverez en présences d'immenses difficultés.

Soyez modestes. Ne dites pas comme certains orgueilleux : oh ! el català, mare de Déu ! ja el sé ! Non, le catalan est difficile. Vous ne pouvez pas le savoir si vous ne l'avez pas étudié. Vous n'écrirez correctement le catalan que si vous le pratiquez souvent et lisez beaucoup. Dans le domaine de la lecture, il faut aussi être prudent et ne pas aller trop vite. Ne vous aventurez pas dans des lectures de romans, de récits historiques ou de poésies d'auteurs catalans-espagnols. Il y a dans leurs textes trop de mots inconnus qui rendraient la lecture fastidieuse et vous feraient vite perdre le goût de lire.

Lisez de préférence les auteurs roussillonnais. Il n'en manque pas. Les fables de La Fontaine de Mossèn Esteve Caseponce, ses contes, ses rondalles; les poésies populaires de Joan Amade; les comedies de Madame Llúcia Bartre; les ouvrages de Carles Grandó, de Francis Ayrol, de Mossèn Jampy, de Pau Berga, de Juli Delpont, l'Almanach Català-Rossellonés et surtout, toutes les oeuvres du véritable Prince des lettres catalanes : Josep Sebastià Pons.

Se souvenir nonobstant, que la plupart des auteurs que nous venons de citer, et ainsi que nous l'avons dit au cours du premier point, conservent encore une orthographe légèrement différente de celle de l'Institut d'Estudis catalans.

Cela n'ayant aucune importance phonétique, lire à haute voix et s'efforcer dans les mots d'apparence difficile d'en deviner la prononciation.

Nous avons remarqué assez souvent que des lecteurs prononcent, en lisant un mot, les syllabes autrement que quand ils prononcent le même mot en parlant. Il y a là une influence espagnole et française qui agit funestement sur la phonétique catalane. Il faut rejeter absolument la phonétique française, aussi bien que l'espagnole.

Rejeter également la grammaire catalane de "Oun Tal" o et l'orthographe fantaisiste de ses Catalanades et comédies qui ne sauraient constituer un exemple digne d'être suivi.

Se familiariser avec la syntaxe catalane au moyen de la grammaire de Louis Pastre.

Ceux qui voudront aller de l'avant trouveront dans toutes les librairies de Barcelone les livres nécessaires au développement de leur instruction catalane.

Tourner en ridicule les mères roussillonnaises qui ont l'impudeur de se substituer aux maîtres et aux professeurs et qui ont la prétention d'enseigner le français à leurs enfants, ne le sachant pas pour elles mêmes.

Ce sera rendre service à ces enfants.

Organiser ou faire organiser des concours scolaires de poésie, de prose, de récits historiques ou de monographies en catalan.

"Colla del Rosselló", "Ginesta d'or", "Manteneduria catalane", "Les Catalanes de Perpinyà", l' "Alzina" de Montpellier, autant de groupements qui pourraient sans efforts surhumains élever le niveau intellectuel catalan.

Récompenser publiquement les travaux enfantins et y donner une large publicité.

Faire une campagne soutenue auprès des organisations politiques et administratives du département (Conseil général, Conseils d'arrondissement, Commissions cantonales de l'enseignement primaire, etc.) pour que la langue catalane soit au moins respectée, sinon considérée.

Voici à ce sujet le point de vue de M. Carrières, rédacteur à "Occitania", dans son étude «L'Occitanie, minorité française", quant à l'application de la langue d'Oc, soeur de la nôtre.

"Pour la langue et la littérature, le travail sera plus délicat. Il est bien évident que l'on ne peut pas, avec des enfants de 11 ou 12 ans, se lancer dans des considérations philologiques. D'autre part, on devra se souvenir que la langue d'Oc est parlée par les jeunes élèves aussi bien (tout au moins pour le dialecte local) que par le maître ; il faudra donc surtout les diriger, en se basant sur ce qu'ils savent et leur inculquer les principes généraux de notre littérature. A mesure que les enfants augmentent en âge, les notions fondamentales seront précisées et développées et on pourra passer alors à l'étude des autres dialectes.

Mais pour arriver à ce résultat vraiment pratique, une place devra être réservée à la langue d'Oc, dans les divers examens. Voici, à titre purement documentaire, le programme minimum formulé par le Congrès occitan de Lunel (29 avril 1934) :

1º Certificat d'études primaires : Dialecte local au sens étroit. Epreuve de lecture d'un conte ou d'une poésie populaires, avec des questions sur les idées et la signification ;

2º Brevet élémentaire et baccalauréat. Dialecte d'une grande région. Deux ou trois auteurs. Lecture et commentaire littéraire d'un texte d'un auteur du programme :

3º Brevet supérieur : n'importe quel dialecte. Un seul auteur par région. Commentaire littéraire avec explications philologiques ;

4º Licence, un auteur du programme au choix du professeur".

Protester énergiquement contre les étrangers ou les ignorants qui traitent de patois, ou de bas-parler, ou de langue morte notre vivant et vigoureux idiome...

Favoriser et aider les organisations artistiques catalanes, particulièrement les compagnies théâtrales "amateurs", qui représentent des scènes ou des pièces de théâtre écrites en catalan...

Divulguer l'idée de fondation de l'Université catalane de Perpinyà et, par voie de conséquence, création d'un chaire de catalan à Perpinyà, Ceret, Prades et Ribesaltes. Etablir un courant épistolaire entre instituteurs, étudiants, écoliers et scouts des deux Catalognes....

Organiser de fréquents voyages, excursions et pèlerinages en Catalogne méridionale...

Faciliter les mariages entre sujets Catalans-français et sujets Catalans-espagnols...

Combler les vides de nos paroisses sans prêtres par un recrutement intensif dans l'autre Catalogne...

Donner aux produits naturels ou fabriqués du Roussillon, des noms et marques catalans, correctement orthographiés...

Constituer enfin dans la Catalogne française un Comité de défense de la langue catalane qui, tout aussi bien, pourrait être une filiale de l'Institut d'Estudis Catalans et qui aurait pour but, comme son nom l'indiquerait, de défendre "l'intégralité" et la "propreté" de notre langue.

Nous demandons en outre, à nos lecteurs, de nous signaler tout mouvement intellectuel ou linguistique pour ou contre notre langue, les priant de nous faire connaître également les idées ou initiatives susceptibles de favoriser l'expansion de la langue catalane en Roussillon.

* * *

Les hommes de notre siècle -siècle stupide, exagéré et décadent ! - n'attachent aucune importance au problème des langues. C'est pourtant, après le problème religieux, le plus conséquent. De lui, découlent le bonheur et le bien-être des peuples, à lui se rattachent les libertés de les des nations ou leur esclavage. Culture, économie, politique et histoire d'un peuple sont intimement assujetties au problème linguistique.

Si, parmi ceux qui liront cet aride et audacieux exposé, se trouve des chrétiens, nous leur dirons : N'oubliez pas le quatrième commandement du décalogue : "Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Eternel ton Dieu t'a donné. (Exode 20)."

Honore ton père et ta mère et la langue qu'ils ont parlée durant plus de dix siècles.

Honore ta langue maternelle. Tu commets un crime si tu la répudies. Tu te suicides civiquement et tu fais disparaître ta personnalité et l'héritage culturel, fruit de tant d'efforts, que t'ont légué tes aïeux. As-tu le droit de le faire ?

Honore le pays où Dieu t'a fait naître : La Catalogne, un pays de vingt générations, qui t'a nourri et donné un sang fort et volontaire, terreur des étrangers...

Un catholique roussillonnais, - les catholiques sont én général les plus hostiles à la langue vernaculaire et ne mettent que fort peu en pratique les bons conseils du regretté Monseigneur de Carsalade du Pont - peut-il aller à l'encontre de ce commandement ?

Peut-il le discuter et trouver une issue qui lui permettra de passer outre ? Citons ces nobles paroles du saint homme, de l'esprit inspiré que fut le prélat gascon : "Dieu a donné à chaque peuple un caractère particulier, une personnalité propre, qui sont le reflet de la terre qui'il habite, de la langue qu'il parle et qui déterminent sa race... "

Et encore : "Tenter de détruire l'un des trois termes de cette trinité : la terre, la race, la langue, même sous prétexte d'unité nationale, c'est une oeuvre impie et chimérique."

Oui, renier sa langue propre c'est aller contre Dieu ! Prie-t-on davantage aujourd'hui en français que ce que l'on priait autrefois en catalan ?

Nous vous le demandons !

Si ce sont des athées ou des libres-penseurs, que leur dirons-nous ? Eux qui croient à la réalité et à l'utilité de leurs actions personnelles, eux qui croient immuable et éternel tout ce qu'ils créent, pourquoi ont-ils changé ce que leurs pères avaient fait ?

Pourquoi ont-ils creusé un fossé entre eux et leurs ancêtres ? Par obligation matérielle ? Par orgueil ?

Cette évolution linguistique anormale, ce changement progressif d'idiome leur ont-ils procuré un nouveau bonheur?

L'avenir s'annonce-t-il si brillant que cela ?

Sont-ils sûrs que leurs enfants ou des étrangers ne bouleverseront pas ce qu'eux-mêmes ont créé et qu'ils ne fouleront pas aux pieds ce qu'ils ont adoré avec tant d'obstination ?

Si ce sont des communistes ou des socialistes sincères : Le français, langue du dominateur, n'est-il pas une langue plus puissante que le catalan, langue du peuple vaincu, sacrifié et subjugué ?

N'y a-t-il pas là une injustice ?

Dans une nation en République, toutes les langues ne devraient-elles pas avoir la même valeur à l'intérieur du pays ? Quelle différence y a-t-il alors entre un Empire absolu et une République ? La liberté d'une région est-elle soumise aux caprices d'une autre région ?

Joaquim Cases-Carbó, dans son livre : Del present i del pròxim esdevenidor, dit à ce sujet "L'honneur humain et la dignité humaine exigent qu'une langue parlée par exemple par 40.000 personnes jouisse d'une situation légale identique à celle d'une langue parlée par 100.000.000 d'âmes. Le liberté linguistique est l'oeuvre propre du XXe siècle.

Un Parisien qui parle français est-il plus qu'un Russillonais qui parle catalan ; un Breton avec sa langue n'est-il pas aussi Français qu'un Arlésien avec son provençal ?

Ne voyez-vous pas là une difference de classe clans le domaine des langues et des cultures? Au nom même de cette civilisation tant de fois célébrée, de quel droit empêche-t-on d'éclore les cultures occitanes ?

Vous qui voulez égaliser les classes de la Société, pourquoi ne commencez-vous pas par égaliser celles des langues, car, dit Enric Prat de la Riba, dans son ouvrage "Nacionalisme", volume VI : "Chaque nation pense comme elle parle et parle comme elle pense. Vouloir reformer une langue comme on modifie une loi, est une entreprise ridicule. Qui porte atteinte à la langue d'un peuple s'attaque à son âme et la blesse dans les sources mêmes de sa vie..."

Pourquoi nous regarde-t-on avec mépris, nous, les ouvriers, les manoeuvres, les charretiers, les laboureurs, qui parlons catalan, alors que ceux qui parlent français sont l'objet d'une attention excessive ?

N'y a-t-il pas là des injustices indignes d'un pays qui se targue d'être à la tête de la civilisation européenne actuelle ?

Si les gouvernements français avaient su maintenir intelligemment et loyalement la langue maternelle dans chaque région, les jeunesses provinciales ne se seraient pas ruées comme des nuages de sauterelles sur un champ de blé mûr, vers la ville néfaste qu'elles font déborder de son lit.

En attendant, ceux qui meurent que lègueront-ils à leurs fils : une langue corrompue, déshonorée, honteuse : moderne moyen-âge.

C'est dans un avenir bien proche que nous commencerons, nous, Roussillonnais, à regretter de nous avoir séparés de notre idiome. Redonne-t-on la vie à un cadavre ?

Il est évident qu'au moment où apparaîtront les premiers regrets, ce sera trop tard. Aujourd'hui, il est encore temps, si tout le monde se met au travail. Aura-t-on le courage de s'y mettre ?

Aux Impérialistes, nous adressons cette courte citation "Cet avis fut approuvé du roi et des princes et le roi agit d'après les paroles de Memucan. Il envoya des lettres à toutes les provices du royaume, à chaque province selon son écriture, à chaque peuple selon sa langue ; elles portaient que tout homme devait être le maître dans sa maison et qu'il parlerait la langue de son peuple". (Esther 1).

Et "C'était du temps d'Assuérus, de cet Assuérus qui régnait depuis l'Inde jusqu'en Ethiopie, sur cent vingt-sept provinces". (Esther 1.).

* * *

Toi, père de famille, pourquoi pousses-tu ton orgueil insensé jusqu'à interdire à ton fils de parler la langue des aïeux ?

Toi, instituteur, à qui on confie tant d'enfants, pourquoi ne les inities-tu pas à la langue vernaculaire ?

Toi, législateur, pourquoi as-tu détruit les Frances naturelles, les patries de France, pour en faire une seule France artificielle, reposant sur une base d'orgueil ?

Ne sais-tu pas que tous ceux qui s'élèvent seront abaissés ?

Toi, prêtre, pourquoi ne prêches-tu plus en catalan ?

Toi, Roussillonnais, quel que soit ton âge, pourquoi dédaignes-tu ce qui t'appartient et envies-tu ce qui te vient de l'Etranger ?

Roussillonnais, te souviens-tu que tu as été Ligure, Ibère, Celte, Grec, Carthaginois, Romain, Wisigoth, Arabe, Franc, Espagnol et Français et qu'en tout temps et toute circonstance tu n'as jamais cessé d'être Catalan et de t'en glorifier...

Aujourd'hui tu es Français, mais ne t'appelle-t-on pas Catalan et n'es-tu pas fier de l'être, si tu n'es pas un renégat, mais si on parle de ta langue ; ne devras-tu pas rougir de honte ?

Que seras-tu demain ? Le sais-tu ? Savons-nous ce que nous réserve l'avenir ? Le ciel est-il si serein que cela ?

Penses-tu que la langue puisse être séparée de ta personnalité ? S'il t'arrivait demain d'être sujet Italien, Allemand, Japonais, Chinois ou Russe, ne serais-tu pas encore Catalan ? Et ta langue ne serait-elle pas le meilleur bouclier contre la culture étrangère, si celle-ci était empoisonnée ? D'ailleurs, une saine culture ne vaut-elle pas toutes les armées et tous les armements du monde ?

Le parler, n'est-ce pas la chose la plus utile de la vie ? N'est-il pas le donjon fortifié d'une race ? la véritable âme d'un peuple? Un peuple sans langue est une automobile sans moteur, un avion sans hélice.

Dieu ne punit-il pas les hommes pour la troisième fois, dans ce qu'il crut de plus intime et de plus essentiel chez eux la langue ? Est-ce qu'il ne confondit pas leur langage ?

La langue n'est-elle pas la clé de la liberté et la chaîne de l'esclavage, selon qu'elle est pure ou dénaturée ?

N'as-tu pas toi, homme moderne, l'esclavage en horreur ? Si tu conserves ta propre langue, tu ne seras jamais un esclave ; si tu la laisses disparaître, tu es à la merci de tes voisins.

Et le jour où tes fils s'apercevront que le poids des chaînes que lu as laissé indifféremment amonceler sur leurs épaules les étouffe, ce jour-là ils te maudiront.

Déjà aujourd'hui, à cause de cette poussée illogique vers l'instruction française, cette jeunesse se trouve entraînée dans un cul-de-sac social, générateur d'incertitude et de misère.

C'est pourtant toi qui as conseillé tes fils, qui les a détournés de cette langue sacrée que tu abhorres et que tu devrais bénir. Nul autre, sinon toi, ne saurait être responsable.

Toi aussi, outre cela, tu es un malheureux d'ignorer ton idiome. Tu es la proie des hommes du Nord, la croisade des Albigeois n'est pas encore terminée. Elle dure toujours. Chaque fois que Paris te conduit à l'abîme, peux-tu t'en dispenser ? Tu es un véritable esclave, reconnais-le !

Tu es un malheureux, car en t'empêchant de cultiver ta propre langue, on a fermé la porte de ton passé.

Tu ne connais aucun des détails de ton histoire. Te souviens-tu des chevaliers catalans qui luttèrent pour la Croix contre les Infidèles? Te souviens-tu des marins catalans qui sillonnèrent toutes les mers du globe ? Te souviens-tu des Almogavares qui conquirent la Grèce et des Perpignanais qui moururent pour l'emblème catalan ?

Tout cela tu l'ignores ou tu ne t'en souviens plus.

Tu ne connais aucun des chefs-d'oeuvre des écrivains de la Catalogne. Tu ne connais aucun des monuments historiques de ton pays. Les étrangers les connaissent mieux que toi. C'est une honte !

Et cette ignorance s'accentue d'heure en heure, parce que tu as fait abandon de la plus chère liberté qui soit au monde, celle de la langue.

Tu crois être un savant et lu n'est qu'un ignorant.

Pourquoi apprends-tu des idiomes étrangers et l'Esperanto et toutes les sciences et toutes les philosophies... et tu négliges ton parler, celui qui est en rapport avec ton sol, avec ton soleil, avec ta tramontane ? Ne pourrais-tu penser au singe qui avait oublié d'allumer sa lanterne ?

Ne fais pas du problème linguistique une question d'opinion, de goût ou d'intérêt, fais-en une question de vie ou de mort.

Roussillonnais, que tu sois riche ou pauvre, travailleur ou intellectuel, sauve ta langue. Sache qu'elle est à l'agonie. Beaucoup la croient déjà morte. Toi qui as lu tout ce qui précède, ne le crois pas !

Fais tiens ces vers d'un fin poète :

« Morta diuen que és

Més jo la crec viva! »

Il faut la vouloir vivante. Il faut la parler, l'écrire, la propager autour de toi. Nous ne cesserons jamais de te le conseiller. Des deux chemins, celui qui conduit à la disparition de ta langue, facile, large et engageant, l'autre qui conduit à sa renaissance, tortueux, épineux et malaisé, choisis ce dernier celui qui, malgré toutes les difficultés et tous les obstacles, te conduira à la réhabilitation, à la gloire, à l'épanouissement de la culture catalane moderne.

Roussillonnais, n'écoute pas les mauvais conseils de ceux qui te disent que le catalan n'est plus. Méfie-toi, ils veulent ta perte. Ecoute-les, ce sera tant pis pour toi !

Parle catalan, écris le catalan et lis-le; l'avenir t'en sera reconnaissant et toi-même seras le premier à t'en réjouir.

 

ALFONS MIAS.

Mainteneur du félibrige.

Septembre 1935

* * *

Per veure la

Primera part de l'article


Altres articles:
Qüestió de noms: Catalunya Nord
. Els textos de Llorenç Planes que, tot complementant la Qüestió de noms de Joan Fuster, reencunyaren i generalitzaren (del 1971 ençà) el terme Catalunya Nord. Vegeu article 


Setembre del 2004

Pàgina principal